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Siquijor, l’ile de feu, la maudite…

Siquijor, l’ile de feu, la maudite…

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Siquijor (prononcer Siqui hor), est une île de petite taille, située près de Cebu, dans les Visayas, pour ceux désireux de s’y rendre depuis MoalBoal, il faut compter environ 5 heures: prendre un bus « Ceres » jusqu’à Bato, puis un taxi moto jusqu’à Liloan où l’on embarque pour le ferry direction Sibulan, arrivé là, monter dans un tricycle jusqu’à Dumaguete et enfin un dernier ferry pour Siquijor, c’est plutôt facile.
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Siquijor est une île maudite, nombreux sont les Philippins refusant de s’y rendre ayant peur de revenir ensorcelés à vie. C’est l’ile aux Vaudous, aux Chamanes, sans oublier des légendes étranges et des rites de magie noire. Les Espagnols la nommèrent « Isla del Fuego » (Ile du Feu), à cause des millions de lucioles qui la faisaient flamboyer, phénomène visible depuis leurs vaisseaux. Maudite, ensorcelée, vraiment??  En tout cas mystique! J’ai mené ma petite enquête, prévenue par mon amie Laetitia, qui n’a pas manqué de me narrer son aventure, ici l’été dernier, des démangeaisons soudaines sur tout le corps, à proximité du parc national de Bandilaan et la rencontre d’Anicita, une guérisseuse aux potions magiques…

Sandugan, ma première destination à Siquijor

Depuis Dumaguete, l’arrivée se fait à Siquijor ville, la destination principale des voyageurs est San Juan, au sud-ouest; j’ai décidé de m’isoler, de me noyer dans le sauvage, direction Sandugan, au nord, le temps de convaincre les rabatteurs, que non, décidément, je n’irai pas à San Juan maintenant. A Sandugan c’est du rural véritable, j’opte pour le Islander paradise, un resort calme…presque trop… Quel bonheur de découvrir à mon arrivée, ce bungalow gardé par son hamac juste devant la porte, à même la plage, c’est marée basse, une grande étendue un peu vaseuse et au loin la mer, un petit peu agitée. sandugan-resort-baungalow-beach

Une bonne sieste dans les sons de la nature et c’est déjà l’heure du couchant, quelques palétuviers habillent timidement l’horizon, un groupe de pécheurs rentrent du large…la scène me plait bien, personne.

La nuit, seuls le vent du large et les vagues chantent dans le bungalow, c’est marée haute, l’eau est dans ma chambre, une sensation étrange de barboter pendant des heures, le sommeil ne viendra pas facilement. Au petit matin, je profite de la marée basse pour nager une heure, je croise à nouveau un serpent de mer, même espèce qu’à Samal, plus gros, cette fois-ci je ne fais pas le malin, cet animal ondule d’une façon décidée, il sait qu’il est mortel. Beaucoup de coraux durs et mous, et plusieurs espèces de poissons clown, pas en photos car la gopro 3 a un détecteur de clowns et se met en mode flou immédiatement.

L’après midi, je découvre l’autre partie de la plage, plus plantée en Palétuviers et la petite campagne environnante jusqu’à la route principale où chaque habitant me souhaite un joyeux Noël et engage la conversation. Je retourne au même emplacement que la veille pour le coucher de soleil, cette fois-ci les couleurs et les textures sont inimaginables, le palétuvier isolé semble parachuté dans une scène extra-terrestre.

La nuit suivante, l’eau est de retour, elle tournoie dans la pièce alors que le vent transperce les moustiquaires de par et d’autres du bungalow, tous les rideaux se soulèvent et volent comme dans un film fantastique, frôlant mes pieds sur le lit, l’ensemble est enivrant et je ne tarde pas à repenser et à visualiser des éléments de ma journée: que fait le serpent pendant la nuit? Il chasse dans ce bouillon de vie, au pied du bungalow? Et ces étranges formes et baraques aperçues tout à l’heure? Des empreintes de vie de la sorcière? Pourquoi les enfants que j’ai photographié avaient ils l’air aussi sérieux? Le lieu m’envoute doucement, je ressens un bien être mêlé d’une curiosité qui ne cesse de croître, c’est décidé, demain je vais à San Juan pour rejoindre la civilisation, je veux rencontrer la guérisseuse du mont Bandilaan.

San Juan, à la recherche de Anicita, la guérisseuse

A dix heures, je pose mes sacs dans mon cabanon de la Casa Miranda, près de San Juan, elle est tenue par une famille amicale, je suis chez eux, chez moi aussi, ils ont juste tendance à regarder la télé de 7H du mat à 23h sans interruption, le volume est assez élevé et je ne rate ni les dialogues, ni les bruitages depuis ma chambre…la mer, toujours à mes pieds, me parait loin cette fois-ci, une magie s’est évaporée. Je n’ai jamais conduit de moto ni de mobylette, ça sera un scooter pour commencer, mon permis est en France, je suis aux Philippines…bien…pas difficile de trouver un loueur pour 300 pesos par jour (5€). Après un essai concluant, je m’évade sur la « nationale » qui borde l’ile, tout est ok, je me perds en altitude, me retrouve dans des villages sans noms, le crépuscule ne va pas tarder, je suis bon pour demain…à nous deux Anicita et le fameux parc du mont Bandilaan. A dix heures du mat, je ne suis pas loin du parc, la route pour y accéder passe par Candura, Cansayan, San Antonio et Cantabon. A San Antonio je demande la route à un  vieux qui n’a qu’une dent, pour me rendre chez Anicita, « The fortune teller », il me réponds « This way » et sans me demander monte à l’arrière du scooter, ok…this way… Elle n’est pas là, mais c’est bien là, le panneau écrit dans un Anglais approximatif l’atteste, je devrai revenir dans une heure, ok…je vais en profiter pour aller me gratter dans le parc de Bandilaan.

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Il n’est pas bien loin, 5km au plus, voici l’entrée, enfin des arbres, des vrais! Les premiers que je rencontre sur l’île qui est totalement déboisée.

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La fraicheur gagne le lieu rapidement, l’endroit est venteux, plus je pénètre dans la forêt et plus le vent souffle…il pleut un peu.

Trois minutes plus tard je me retrouve à nouveau dans une endroit pelé, c’est déjà fini, j’ai du rater quelque chose, où est la tour permettant d’accéder au point de vue??
Retour en arrière, ce lieu bétonné que j’avais remarqué à l’aller est peut être l’entrée, un jardinier très occupé à désherber les entre dalles me dit que ceci est un jardin public…ah oui…ben oui…il ne manque que le public. Des structures en métal permettent de jeter un œil sur la forêt, pas les deux…oui c’est un bout de jungle, un essai de reforestation…y’a du boulot, encore quelques siècles et ça sera parfait.

Le bougre me dit que la tour d’observation est à 100m plus haut sur la route, en effet, des dalles partent du bord de la route…je monte…c’est pas loin, trois minutes plus tard me voilà au pied de la tour métallique, genre « pompier des landes », mais plus pourrie, à son pied, des croix en ciment sont plantées en hommage aux trois derniers touristes ayant tenté de monter, pas d’hésitation.

Arrivé au sommet, qui n’est pas haut, la vue est indicible, jugez par vous-même:
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Ok, c’est ma spécialité, le brouillard, partout où je vais au delà de 1m d’altitude, c’est flou, c’est fou, mais cette fois-ci je peux partager ma déception avec un nouvel ami, un arbre, qui comme moi, a les boules:
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Il me reste trois bananes, j’en ingurgite deux et j’attends le dégel, on ne sait jamais, un bon coup de vent et hop…soit la tour est emportée ou soit la brume est chassée, j’espère la deuxième option. En attendant, ici il fait bon! Vingt minutes plus tard un miracle se produit, et là, cette fois-ci, c’est Noël un jour à l’avance:
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Ok je redescend.
Vais voir si Anicita est revenue et est prête pour la séance de guérison. Elle n’est pas là, il faut attendre 15 minutes…ah si, tiens la voilà qui arrive le sourire jusqu’au front. « Nice to meet you » etc. Je raconte l’histoire de Laetitia et de Anita, les démangeaisons, leur rencontre… »Is she has always skin problems actually, always itching ? », hum…je réponds que ça va mieux, en restant étonné d’une telle question, en rajoutant « thanks god and thank you »… »Ah good!!!! », elle est ravie que 6 mois plus tard sa mixture soit toujours efficace :). Là je me dis que je suis sauvé!  Hummm….de quoi au fait?? Je ne suis pas malade, l’envoûtement de la mer et du vent a été levé par San Juan… Ah si!!! J’ai cette blessure dû à une palme, à l’arrière de la cheville gauche, cela fait des jours qu’elle est purulente, c’est douloureux et j’en ai marre. Dans la cabane de Anicita, c’est dépouillé, des herbes sont exposées dans des bocaux, des lotions, des tisanes; dans la cuisine, au fond, un homme allume des bâtons, les disposent dans une coupe en terre et l’apporte à la guérisseuse.

Elle la place sous une chaise, ça ne tarde pas à fumer. « Sit here please », ok, maintenant j’ai le cul qui fume, elle me recouvre d’un drap, me souffle dans le cou, entame des incantations, des prières à voix basse, je passe mon appareil photo à son gamin, je prends soin de régler sur 3200 iso, vu la pénombre ambiante et le risque de flou de bougé, je dis « push » et il prend une photo, super télécommande! On peut voir ici, ô combien je suis aux anges tant je ressens déjà des effets salvateurs.
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Une apposition des mains sur le front, hummm Anicita m’explique que j’étais envouté, ce qui ne m’étonne pas, je commence déjà à me ressentir mieux, enfin libre. Pour ma blessure, elle applique une lotion d’une odeur rappelant le baume du tigre, plus douce, et un massage sommaire des jambes, des épaules avec des huiles, bref, un Bangkok rural. Elle m’offre un thé vert pour terminer la séance. On donne ce que l’on veut, pas de prix fixe pour ce genre de traitement. Je quitte Anicita, ses deux enfants, le gars qui n’avait qu’une dent et deux autres lascars, il est midi, j’ai le temps, j’ai bien envie de repasser par le parc, continuer la route qui descend vers Maria, m’arrêter à droite à gauche, rencontrer des gens, revenir par la route principale vers San Juan en longeant la côte.

Oui, mais…

Arrivé à un embranchement, je demande ma route pour la dixième fois de la journée, c’est par là, ça descend un peu, ça devient caillouteux, ça roule. Un camion me double et je dis à haute voix, « cool, ça se passe bien ma journée », à la fin de ma phrase je suis par terre, couché sous le scooter, j’ai glissé sur quelques mètres, pas mal râpé ma peau sur le gravier, j’ai le réflexe de dire « Non, ça ne se passe si bien que ça », de l’essence coule sur le sol, je me relève plutôt vite. Le scooter a pas mal morflé, le casque aussi, j’étais peut être le seul de l’île à en porter aujourd’hui, j’ai bien fait. Mon appareil photo que j’avais en bandoulière autour du cou, a pris un coup, mais il fonctionne parfaitement. Deux jeunes gars se sont arrêtés et m’ont bien aidé à fixer avec des tiges de plantes les parties du scooter disloquées, m’ont amené dans leur famille afin que je savonne les zones blessées, l’épaule, la bras et le genoux droits, les mains et l’intérieur du tibia gauche. Ils m’ont demandé de prendre une photo de famille, les Philippins sont tout bonnement incroyables, j’avoue que je n’avais pas le cœur à prendre de photos, mais j’ai craqué.

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L’un a conduit mon scooter malade, avec son guidon tordu, jusqu’à San Juan (il montre la clé sur la photo), l’autre (un père de famille de vingt ans, à gauche), m’a pris en passager sur sa moto…vive eux! En attendant, je cuis et la prise d’antibiotique est indispensable sous les tropiques lors de blessures, celle créée par la palme en est la preuve. Pour résumer je suis parti voir la guérisseuse avec un bobo, j’en reviens avec une collection. Maudite soit elle!! Maudite ile!

C’est Noël !

Le lendemain, c’est le 24 décembre, je rappelle que les Philippins sont Cathos et pratiquants, c’est donc LE jour de l’année. La famille Miranda prépare le diner pendant l’après midi, plusieurs types de plats et des boissons sucrées à base de lait de jeune noix de coco. La cuisine des Philippines est pauvre, sans saveur véritable, sans imagination, même si les ingrédients sont de qualité.

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En soirée, c’est une quinzaine de personnes qui vont très énergiquement s’éclater à danser pendant quelques heures, Rea, jeune femme ultra dynamique, anime la fête en proposant des jeux simples basés sur la musique, comme par exemple une variante des chaises musicales, des rires éclatent et font craquer la maison de bambou, construite par le gérant, un vieux monsieur Anglais.

L’activité cesse un peu avant minuit, tout le monde au lit .
Depuis la casa Miranda, pendant ma convalescence, j’ai pu me délecter d’autres couchers de soleil, les ciels des Philippines  déploient des couleurs sans cesse renouvelées, il est rare d’avoir la présence d’autant de pourpres et de roses dans la palette du couchant. Et quand vient l’heure des dernières lueurs, ce ne sont pas les lucioles qui flamboient, mais la braise solaire qui vient brûler la surface de la mer, l’ile de feu mérite bien cette appellation, maudite Siquijor.

 

 

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2 commentaires

  1. On sait jamais. Peut être que dans 2 mois tes cheveux vont repousser sur le dessus de la tête après ton passage chez la guérisseuse. Ce serait son cadeau de Noël. Si cela fonctionne j’y vais l’année prochaine.

  2. Quelle journée épouvantable , ce 23 décembre 2013 ,une journée 5 , attention! Heureusement que le spectacle du ciel fait tout oublier …mais j’aurai bien aimé voir le scooter quand même.

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Siquijor, l’ile de feu, la maudite…

par Stéphane Bidouze time to read: 16 min
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